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Revue de Presse
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Le Monde

TENDANCES

ArtFloor, grand cadre.

Lancé durant l'été 2001, le site de vente d'Art Contemporain ArtFloor.com est devenu le nouveau passe-temps branché de jeunes cadres supérieurs

Mis à jour le vendredi 1er mars 2002

Contemplatif, le jeune cadre dynamique ne l'est pas seulement devant l'écran qui affiche le cours de ses stocks options !
En analysant de près ses fichiers-membres, un jeune site de vente en ligne d'Art Contemporain, ArtFloor.com, s'est rendu compte que son public était essentiellement composé de cadres supérieurs, avocats ou financiers, de sexe masculin et dont l'âge oscille entre 30 et 40 ans. La donnée la plus significative concerne les heures auxquelles ces amateurs d'art bien cravatés se connectent : pour 4 sur 5 d'entre eux, ils se promènent dans la galerie virtuelle d'ArtFloor la semaine entre 14 et 18 heures, c'est-à-dire depuis leur bureau. D'autre part, le temps moyen des visites est de 26 minutes et 90% des œuvres vendues en ligne ont été livrées sur des lieux de travail. La découverte n'a rien d'exceptionnelle. On savait déjà que les cadres profitaient allégrement de leurs heures de bureau pour se perdre dans les méandres infinis de la toile.

Georges Ranunkel, ancien consultant, et Geoffroy de Francony, diplômé de l'école du Louvre et peintre, peuvent néanmoins se frotter les mains. Cet engouement n'est en effet nullement le fruit d'un battage médiatique puisqu'en vérité, bien que 152 400 euros aient été investis lors de la création de la société ArtFloor en octobre 2000, aucun centime n'a été déboursé pour la promotion du site. "Nous avons uniquement envoyé des communiqués de presse sur Internet et ceux-ci n'ont pas été très suivis. Ayant ainsi exclu la publicité de notre budget, nous nous rémunérons par une commission de seulement 35% prélevée sur les ventes alors que les autres sites de vente d'art ponctionnent 50% " explique George Ranunkel

Ce diplômé de l'Institut supérieur de gestion précise néanmoins qu'une étude de faisabilité de neuf mois a été menée avant de lancer le site en juin 2001. Le bouche à oreille a donc bien fonctionné mais sans le sérieux des deux jeunes hommes en amont du projet, sans doute artfloor.com se serait-il noyé dans la masse des sites d'art présents sur la toile.

Car, si le site a séduit le microcosme des cadres au point de devenir un phénomène de mode en son sein, c'est d'abord grâce à un design extrêmement soigné.

Sur fond blanc, les œuvres d'une quarantaine de jeunes artistes contemporains parmi lesquels Fury, Hyvrard, Finet, Hermand Grisel ou Hashpa, se dévoilent sobrement sans jamais se gêner. L'effet-catalogue est ainsi évité même si la discrète icône " caddie " rappelle qu'on est bien sur un site de vente en ligne. Les textes explicatifs sont dépouillés, les animations légères, le tout épuré et résolument tendance.

" Nous choisissons également avec soin les artistes avec qui l'on travaille durablement. Depuis quelques temps, ils sont une quinzaine à nous contacter chaque jour et nous en ajoutons seulement 2 par mois à notre base de données " ajoute Georges Ranunkel.

A ce jour, 80 œuvres ont été vendues en ligne à un prix moyen de 763 euros chacune. " Il s'agit surtout de ventes à des néophytes qui n'ont jamais poussé la porte d'une galerie d'Art et souhaitent néanmoins commencer une collection d'œuvres de choix à prix abordables " précisent les créateurs d'ArtFloor. L'achat en ligne n'effraie pas car il est évidemment sécurisé. De plus, ArtFloor rembourse en cas de déception à la livraison, ce qui n'est encore jamais arrivé. Avec plus de 400 visiteurs par jour, les achats devraient donc aller bon train dans les mois à venir.

D'autant plus que les cancans de couloir franchissent désormais la porte des bureaux des hauts dirigeants puisque certaines sociétés contactent directement ArtFloor afin d'orner leurs murs d'œuvres branchées. L'ouverture d'un espace professionnel sur le site est donc en projet afin de mieux recevoir ce nouveau type de clientèle extrêmement précieux.

Constatant le succès d'ArtFloor Outre-Atlantique, il avait déjà fallu traduire le site en anglais. " Nous ne pensions pas que le site évoluerait si vite. La contagion aux Etats-Unis n'avait pas du tout été prévue, encore moins calculée !" commente Georges Ranunkel.

Désormais, un tiers des visiteurs du site se connectent depuis les Etats-Unis et plusieurs ventes ont été faites à New York mais aussi à Washington ou à Houston. Les artistes d'ArtFloor commencent donc à bénéficier du label " French Touch " si prisé à l'étranger. " On remarque d'ailleurs que les œuvres qui se vendent le mieux à l'étranger sont celles d'artistes aux noms à forte consonance française " explique M. Ranunkel.

Enfin, fort de ses succès, la galerie virtuelle entend bien organiser des expositions avec ses artistes dès mars 2002 dans divers lieux parisiens bien réels mais encore tenus secrets. L'occasion pour tous les cadres membres d'ArtFloor, qui seront évidemment invités au vernissage via la toile, d'échanger leurs cartes de visites !

Yvonne Debeaumarché
Le Monde Interactif
jeudi 28 février 2002